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La sablothérapie à Biskra.

La sablothérapie par 50°C à l'ombre
L'été à Biskra

Publié dans Le Temps d'Algérie le 01 - 08 - 2010


En pleine chaleur frôlant les 50°C à l'ombre, une tradition ancestrale refait son apparition pour regrouper autour d'elle un nombre important d'adeptes à la recherche du soulagement d'une douleur physique de plus en plus intense comme dénominateur commun. La sablothérapie, ou «diablothérapie» comme préfèrent la désigner le plus souvent ses opposants, est l'un des procédés thérapeutiques alternatifs pratiqués dans les Ziban sud par excellence.
Rencontrés au complexe touristique Hammam Salihine où ils séjournent depuis le début de la saison caniculaire, nombre de patients recourant à cette technique en catimini, vu qu'elle est strictement proscrite par les autorités locales, se réfugient dans le silence et refusent de se prononcer et de nous livrer le moindre témoignage sur les vertus et les effets non souhaitables de cette thérapie.
Cependant, après insistance, certains d'entre eux ont brisé le mur du silence pour lancer quelques expressions pathétiques qui reflètent leur souffrance tant morale que physique. «Nous ne sommes pas venus nous promener dans le désert, moins encore nous réjouir des sables dorés des oasis ou de ses palmeraies comme le font de nombreuses personnes amatrices du tourisme saharien. C'est en raison de la douleur rhumatismale, dorsale et bien d'autres difficultés de santé que nous sommes là.
Guidés par la douleur que nous endurons depuis longtemps pour la majorité d'entre nous, nous n'avons, après des séries de traitements effectués ici et ailleurs sans amélioration, que les sables de Biskra et des régions limitrophes pour adoucir un tant soit peu nos maux», lance un vieux dont les rides du visage et la mollesse de la peau du corps chétif révèlent un livre de vie bien rempli de pages de malheur.
A l'unanimité, nos interlocuteurs attribuent à cette forme de médecine alternative des vertus thérapeutiques incroyables que les professionnels de la santé, aujourd'hui plus avertis quant à l'importance de la médecine alternative, ne pourraient rejeter et reconnaissent que cette technique d'enfouissement du corps dans les sables chauds constitue l'ultime remède pouvant au moins atténuer la souffrance liée aux pathologies musculaires et articulaires qui ronge une partie importante de la population.
Le nombre d'amateurs des bains de sable des deux sexes augmente de jour en jour. Ils affluent vers les localités sud de Biskra et d'autres wilayas avoisinantes où la population est plus accueillante dès que la chaleur commence à faire le plus de victimes. N'en déplaise aux responsables locaux qui, dans un passé récent, ont proscrit le recours à cette pratique non moins dangereuse.
«Plus le corps transpire, plus il a des chance de guérir»
La présence d'amateurs de la sablothérapie se fait remarquer dans les oasis de la région qui se présentent comme étant les destinations privilégiées où l'on enterre son corps pour plus d'extériorisation des maux sous forme de sueur suivant la règle «plus le corps transpire, plus il a de chances de guérir».
Ils ne sont pas non plus prêts à s'en passer et continuent davantage à s'adonner à leur passion qui consiste à enterrer entièrement ou partiellement le corps tout en laissant la tête dehors pour éviter le pire, et ce, pour un laps de temps n'excédant généralement pas une dizaine de minutes. L'heure appropriée pour la thérapie est le plus souvent lorsque le soleil est au zénith, car c'est à ce moment-là que la chaleur a plus d'effets sur le corps. Une fois sorti du fond du «gouffre sablonneux», le patient se couvre comme il se doit le corps à l'aide une serviette conçue spécialement à cet effet.
A ce titre, il doit absolument suivre à la lettre les consignes de son guide pour que le corps dégage tout ce qu'il renferme comme maux. Deux vieillards, venus d'une région située à l'extrême ouest du pays accomplir les «rites» de ce pèlerinage curatif, affirment avoir déjà eu recours à maintes reprises à cette forme incontournable de thérapie. Ils ne peuvent plus s'en passer et la pratiquent discrètement, à l'instar de la totalité des accoutumés,
vu qu'ils risquent d'encourir des poursuites judiciaires. Les partisans de cette tradition, dont des étrangers également, lesquels effectuent des voyages curatifs pratiquement chaque été, défient ainsi toutes les lois et envahissent Biskra notamment au moment où la canicule bat son plein. Ils optent, pour leur séjour, pour les meilleurs hôtels de la région, notamment le complexe touristique Hammam Salihine, connu lui aussi pour les vertus thérapeutiques de ses eaux minérales.
En revanche, loin de son aspect positif, le «tombeau» momentané dans lequel s'enfouit le patient ne risque-t-il pas de se transformer en une demeure éternelle pour ces gens ? Les professionnels de la santé sollicités à s'exprimer sur le sujet s'accordent à fournir une réponse positive.
En une seule expression, l'un d'eux nous déclarera : «Des jeunes gens en parfaite santé font l'objet d'évacuation aux urgences des suites de difficultés respiratoires causées par la forte chaleur. Comment ces gens peuvent-ils résister sous le sable brulant où la température du corps le plus robuste atteint le pic ?» Faut-il comprendre dans ce contexte que plusieurs pratiquants de la sablothérapie qui ont péri sont à l'origine de son interdiction !
Loin d'être un choix
Outre la chaleur extrême qui suffit à elle seule à mettre fin à la vie à ces gens, un autre danger à ne pas écarter guette ces patients. Les tombeaux temporaires dans lesquels ils se logent, même pour un laps de temps sensiblement court, demeurent aussi le meilleur abri pour les bestioles les plus nuisibles que la région abrite. D'aucuns nous déclarent que de nombreuses personnes ont péri des suites de morsures de vipères et de piqûres de scorpions.
Interrogés sur la question, les habitués de la sablothérapie se montrent conscients des risques potentiels qu'ils peuvent encourir. Ils expliquent à cet effet qu'ils sont contraints à l'adopter et qu'elle est loin d'être un choix du fait que les sables chauds sont pour l'heure le seul moyen leur procurant du soulagement. «Nous avons eu recours, en vain,
à toutes les pratiques médicales pour guérir du rhumatisme articulaire, c'est pourquoi nous avons jeté notre dévolu sur les bains de sable grâce auxquels plusieurs personnes sont déjà guéries… Il y a même des handicapés moteurs qui ont repris des forces en recourant à l'enfouissement», ont-ils affirmé.
Qu'elle soit conseillée ou déconseillée, la sablothérapie existe et se pratique comme l'exige la règle. Loin des regards, elle continue à avoir plus d'adhérents qui trouvent à leur arrivée dans la région de Biskra des jeunes qui en tirent grand profit en leur installant de modestes cabanes pour leur servir de refuge pour se prémunir des coups de soleil mortels une fois la séance de cure terminée. Unanimement, beaucoup de patients s'interrogent sur les vraies raisons de l'interdiction du procédé de thérapie en question et lancent un appel aux autorités locales, les invitant à leur permettre de se soigner librement. A leur voix s'ajoutent celles des fervents défenseurs de la chose touristique, lesquels estiment que la sablothérapie peut rapporter gros à la région.

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